"À Watermael-Boitsfort, comptez 3 850 euros le mètre carré. Et au Coin du Balai, on approche les 4 500 euros"
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Bruxelles

"À Watermael-Boitsfort, comptez 3 850 euros le mètre carré. Et au Coin du Balai, on approche les 4 500 euros"

Les prix de l’immobilier y sont parmi les plus élevés de la Région de Bruxelles-Capitale.

On l’avait déjà remarqué récemment en évoquant le quartier de la place Keym, formant le cœur de l’ancien village de Watermael, la commune de Watermael-Boitsfort concentre les mètres carrés les plus chers de la capitale. Quatrième en superficie de toute la Région bruxelloise, elle compte à peine plus de 25 000 habitants. C’est dire si les espaces verts y sont nombreux, sans même tenir compte d’une partie de la Forêt de Soignes qui s’y trouve aussi.

Le cœur villageois de Boitsfort se situe de part et d’autre du boulevard constitué d’un côté de l’avenue Delleur et de l’autre, du boulevard du Souverain, avec comme cœur battant la place Wiener et comme cœur administratif la place Gilson où se situe la maison communale et la Maison Haute de style Louis XIV et millésimée 1687. À l’époque, Michel de Cafmeyer, ancien grand veneur du Roi d’Espagne, fut autorisé à édifier cette bâtisse, la plus vaste et la plus haute du hameau, d’où ce nom qui lui est resté. Fortement endommagée par un incendie au XIXe siècle, elle voit ses écuries abriter aujourd’hui un centre socio-culturel, la Vènerie, le reste de l’édifice accueillant les bureaux de l’administration communale. L’architecte Boffrand, qui fut élève de Mansard, en a dessiné les plans d’origine.

Autre édifice intéressant, l’église Saint-Hubert domine les lieux depuis 1931 de sa tour de 85 mètres de haut. Rachetée 1, 15 million d’euros par le promoteur Inside Development, sa remise en état a coûté 4 millions d’euros. Un premier projet d’aménagement d’une quarantaine d’appartements haut de gamme fut recalé voici trois ans et on en attend un nouveau. L’édifice, dont la construction commença en 1925, remplaça une église dédiée à Sainte-Philomène, édifiée un siècle plus tôt à l’instigation du bourgmestre d’alors, Théodore Verhaegen, futur fondateur de l’Université libre de Bruxelles. Son successeur à la tête de la commune sera un certain Baron Eugène Amour de Cartier…

Le marché du dimanche matin

L’impression est donc fausse que le quartier est comme figé, à l’image du tram réaménagé en food-tram au milieu de la place Wiener pour rappeler l’ancienne boucle du terminus du 94. "Il existe une pression immobilière assez intense sur le quartier, en particulier sur les espaces encore non bâtis", souligne Pierre-Paul Vander Sande, cofondateur notamment de Promethea et actif dans le city marketing (on lui doit le be.brussels ou Bozar). "Je vis dans les environs de la place communale depuis 1980. C’est l’un des quartiers les plus agréables de Bruxelles, qui n’est pas sans rappeler celui de Boulogne, à Paris, où j’ai vécu un temps. Et le marché du dimanche matin reste l’un des moments conviviaux qu’on ne raterait pour rien au monde. Mais il est clair aussi que maintenir cette douceur de vivre demande de la vigilance; vis-à-vis, par exemple, de cette menace qui pèse sur un énorme jardin potager commun, le Champ des Cailles, situé le long de la cité-jardin du Logis. C’est pourtant, à mes yeux, un site à protéger absolument."

Et ce pour une raison bien précise, poursuit notre interlocuteur. "À l’origine, les deux cités-jardins visaient des publics différents : le Logis (volets verts) pour les employés, le Floréal (volets jaunes), pour les ouvriers. Avec le temps, les sociétés coopératives ont connu des difficultés financières et, pour y faire face, ont vendu certains biens à des privés. La rénovation des cités fut l’œuvre de la Région de Bruxelles-Capitale qui, du coup, redonna une affectation sociale aux logements qui restaient dans son giron, amenant une population nouvelle, originaire du Maghreb et d’Afrique subsaharienne. Or, ce jardin potager est un excellent moyen pour ces nouveaux venus de tisser des liens avec les habitants installés de longue date dans le centre de la commune."

L’autre chantier d’envergure qui a agité le quartier fut celui de la réaffectation de l’ancienne Royale Belge. "Longtemps, il fut annoncé que l’ambassade américaine l’occuperait mais il n’en sera rien et on se dirige vers des appartements de standing, un hôtel cinq étoiles et des bureaux."

La barre des 4000 euros/m²

En évoquant Watermael voici quelques semaines, nous avions soulevé, avec le géomètre et expert immobilier Eric Mikolajczak, le fait que beaucoup de biens dans la commune sont de taille modeste, occupés par des ouvriers ou, comme au Coin du Balai, des artisans qui vivaient de ce qu’ils pouvaient tirer de la forêt. "Au mètre carré, à Watermael-Boitsfort, on est sans doute dans le quartier le plus cher de Bruxelles – comptez 3850 euros le mètre carré, que ce soit pour des maisons unifamiliales ou des appartements. Et au Coin du Balai, on approche des 4500 euros le mètre carré pour une maison de 90 à 110 m² avant rénovation. On y assiste à une vie villageoise, avec un comité de quartier, un carnaval, des maisons ouvrières (4 mètres de façade voire moins) remontant à l’époque où les habitants des Marolles avaient été expropriés pour faire place au Palais de Justice. Hormis une moyenne surface, il n’y a pas de commerces", explique l’expert. "Et ce, contrairement au centre de la commune où des petits commerces se maintiennent, ainsi que des restaurants, dans toutes les gammes de prix", ajoute Pierre-Paul Vander Sande.

Eric Mikolajczak reprend : "Dans les environs de la place Wiener, rue de l’Hospice communal, par exemple, on a aussi quelques petites maisons dont une qui vient de passer en vente publique – 5 m de façade, rez + 1, et 90 m² habitables. Elle est partie à 355 000 euros."

Ailleurs, près de la place Wiener et de la place Andrée Payfa-Fosseprez, on voit des maisons plus grandes voire des villas ou des trois façades, ou encore des maisons aménagées en appartements, comme vers le Logis. " Il y a très peu à vendre et on y assiste à une forte pression immobilière", indique l’expert. " Pour reprendre par rapport à l’îlot Royale Belge, c’est une bonne chose qu’il soit rénové, quoique je reste dubitatif quant à installer de l’hôtellerie de prestige dans ce coin-là. Le Lodge, à La Hulpe, surfe sur la même vague. Par contre, en face de la Royale Belge, de l’autre côté du boulevard du Souverain, des appartements haut de gamme sont partis comme des petits pains, achetés souvent par des personnes âgées désireuses de quitter leur maison."