Doit-on, forcément, s’occuper  de ses petits-enfants?
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Deuzio

Doit-on, forcément, s’occuper de ses petits-enfants?

Les grands-parents aujourd’hui se sentent de moins en moins baby-sitters attitrés de leur progéniture. Ils ont bien d’autres chats à fouetter pour profiter pleinement des plus belles années de leur vie.

"Ma mère se plaint en permanence de ne pas voir assez son petit-fils. Mais, à chaque fois que je la sollicite, elle a un cours yoga ou un week-end de sortie en forêt dans le cadre de sa formation comme guide nature." Chloé a 36 ans. Elle vit seule avec son fils. Son père vit à l’étranger la moitié de l’année. Sa mère, pensionnée, habite à quelques kilomètres. Mais elle sait qu’elle ne pourra pas compter sur elle. "Elle a trop d’activités. Elle croque dans la vie et ne veut pas se priver de ses dernières belles années."

Les grands-parents seraient-ils devenus des hédonistes complètement égoïstes? Pas tous. Mais c’est vrai que s’il faut choisir entre les sorties d’école deux fois par semaine ou la liberté de pouvoir partir quand et où on veut, le choix est vite fait. "On parle de grands-parents “ Chic-ouf ”; chic ils arrivent, ouf ils repartent."

Isabelle Roskam, professeur de psychologie du développement à l’UCLouvain, a bien vu l’évolution de la société à travers les cours dispensés à la faculté. "Avant, à la faculté de psychologie, on avait des cours centrés sur la sénescence. Aujourd’hui, sur la valorisation positive du vieillissement. On vieillit mieux et on propose des opportunités de développement jusqu’à la mort, pour profiter de la vie jusqu’à la dernière goutte."

 

L’individu avant le collectif

 

Il y a 30 ans, s’occuper de ses petits-enfants tombait comme une évidence. "Le groupe primait sur le besoin individuel. Aujourd’hui, nous vivons dans une société individualiste. Les parents, tout comme leurs enfants, ont été élevés sans frustration, dans le culte de l’enfant roi. Ils ont toujours tout obtenu et continuent à attendre la même attention de leurs parents. Sauf que les grands-parents n’ont plus du tout envie de sacrifier leurs loisirs pour permettre à leurs enfants d’aller décompresser lors d’un week-end thalasso. Ils ont l’impression qu’on leur vole de la vie. Leurs enfants ne comprennent pas. Et cela génère pas mal de conflits."

 

La génération sandwich

 

Les grands-parents aujourd’hui font partie de ce que la psychologue appelle la "génération sandwich". "Ils ont eu leurs enfants sur le tard, souvent après 30 ans. Qui eux aussi ont eu leurs enfants tardivement. Ils se retrouvent, à 60 ou 70 ans avec leurs premiers petits-enfants. Lors des conférences que je donne sur la thématique de l’épuisement familial, je rencontre énormément de personnes âgées qui me demandent quand je vais organiser une conférence sur le burn-out grand-parental..."

Si les grands-parents sont sollicités pour la garde d’enfants, on leur demande aussi un soutien financier, voire social lorsque certains adolescents se réfugient chez eux parce que la situation a` la maison est trop tendue. Trop, c’est trop.

 

Pour rester jeune

 

Les grands-parents d’aujourd’hui vivent aussi dans leur époque avec des familles recompose´es et des sollicitations multiples. Ils vivent aussi souvent séparés de leur conjoint et mettent une grande partie de leur énergie au service de leur deuxième ou de leur troisième couple. Et préfèrent voir leurs petits-enfants en photo.

" Mais attention. Vivre pour soi ne garantit pas de vivre plus longtemps..."

Une étude récente a prouvé que garder ses petits-enfants augmente les fonctions cognitives, réduit le risque de démence et le risque de développer la maladie d’Alzheimer chez les seniors.

Mais l’étude vient aussi souligner que le surmenage peut franchir une ligne de démarcation et annuler ces bienfaits pour la santé.

Reste donc à trouver le bon équilibre, avec ses petits-enfants, pour vivre longtemps et en bonne santé.