Un enseignant de Lierneux en colère: «Je risque de contaminer 130 élèves qui n’en peuvent rien»
Lionel MertensCrédits: -
Lierneux

Un enseignant de Lierneux en colère: «Je risque de contaminer 130 élèves qui n’en peuvent rien»

Lionel Mertens, de Lierneux, est enseignant. Il nous livre sa réflexion sur sa situation interpellante.

Je suis enseignant, vacciné contre le covid et père de trois enfants.

Mes filles sont revenues de l’école, elles étaient positives au Covid. Jusque-là, rien de grave! Toute la famille a été testée. Les autres membres sont négatifs, mais nous sommes placés en quarantaine pendant 10 jours par notre médecin de famille! Embêtant, je préférerais donner cours plutôt que de rester bloqué devant mon ordinateur pour contacter mes quelque 130 élèves et leur donner du travail en distanciel, mais toujours rien de grave!

Ce matin, j’apprends par la direction de mon école que je dois revenir à l’école, car les circulaires de la Communauté française précisent qu’en cas de test négatif, et en étant vacciné, même en vivant sous le même toit qu’une personne malade du Covid, je dois continuer à travailler! Un nouveau test sera réalisé dans 17 jours!

Je précise que je me suis jusque-là plié à toutes les décisions gouvernementales, estimant que nos autorités étaient sans doute les mieux placées pour juger de la situation.

Mais là, je ne comprends vraiment plus! Quoi que je fasse, je suis dans l’illégalité: mon médecin exige que je reste chez moi, mon pouvoir organisateur, la Communauté française, exige que je me rende sur mon lieu de travail! Dans 17 jours, on verra grâce à un nouveau test si j’ai contaminé mes 130 élèves!

Deux règlements, deux obligations contraires, et toutes deux se réclament des avis des experts de Sciensano! J’aimerais vraiment qu’on m’explique!

Le plus grave dans cette histoire, c’est que dans les journaux, à la radio, nos «décideurs» se plaignent du non-respect des «règles», arguant de l’indiscipline de la population wallonne, déplorant le manque de confiance dans le monde politique et jurant tous les dieux du ciel qu’ils sont dignes de confiance! Mais cette confiance que vous réclamez, elle se mérite! Et elle passe au moins par des règles claires! Si chacun est libre d’édicter la loi qu’il désire, selon ses besoins, à quoi servez-vous encore? Si mon médecin estime préférable que nous ne fréquentions personne pendant 10 jours, sur avis de Sciensano, et que mon pouvoir organisateur estime préférable que mes élèves puissent poursuivre leur apprentissage malgré un professeur à risque, sur avis du même sciensano, et que tous deux puissent édicter leur règle en toute liberté, à quoi servez-vous? À rien!

Et bien sachez, mesdames et messieurs les politiques, que ma confiance est très sérieusement ébranlée. Et si effectivement vous désirez venir me la rendre, cette confiance, je me tiens à votre entière disposition!

Demain, j’irai travailler, la peur au ventre, en sachant que je risque de contaminer 130 élèves qui n’en peuvent rien. Et si cela arrive, vous serez les seuls responsables, mesdames et messieurs les «décideurs»! J’espère que vous, au moins, pouvez dormir avec ça sur la conscience!