Ces terres agricoles devenues impayables: «Le prix de l'hectare a triplé en quelques années»
Sébastien Noël a quitté son laboratoire au Grand-Duché pour se reconvertir dans l’élevage de bovins Aubrac, avec le soutien de sa famille.Crédits: - Terre-en-vue
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Arlon

Ces terres agricoles devenues impayables: «Le prix de l'hectare a triplé en quelques années»

Le prix des terrains a triplé ces 5 dernières années, devenant inabordable pour les petites fermes. Terre- en-vue leur vient en aide.

À Sampont, dans l’entité d’Arlon, Sébastien Noël est à la tête de la ferme du Muselbur depuis 2016. Une reconversion pour cet ancien laborantin employé durant 15 ans au Grand-Duché, qui a choisi de se consacrer à l’élevage. «C’est un projet de toute la famille, même si mon épouse a un travail à côté. On a choisi ensemble ce changement de vie rythmé par la ferme.»

Sébastien Noël élève une septantaine de bovins de la race Aubrac en agriculture bio. Il propose la vente à la ferme de colis de viande. L’exploitation s’étend sur une quarantaine d’hectares. Un espace insuffisant pour accueillir ses animaux, cultiver le foin et les céréales pour nourrir son bétail, dans le respect des normes de l’agriculture bio.

Plus de 30 000€ l’hectare

Mais pour pouvoir s’étendre, l’éleveur doit acquérir des terres supplémentaires. Une nécessité devenue un luxe, tant le prix de l’hectare de terre agricole a grimpé. «Il a tout simplement triplé en quelques années. On était à environ 10 000€ de l’hectare en 2016. En 2020, le prix moyen à l’hectare a atteint 30 521€. C’est impayable pour une petite structure comme la mienne. Et j’ai la chance d’avoir eu une autre vie professionnelle avant, qui m’a permis de démarrer mon exploitation avec un capital de départ. Mais le prix des terres est un aspect que j’avais sous-estimé lors de ma réflexion au moment de me lancer. Avec ma petite structure en circuit court, c’est tout simplement impayable», se désole l’éleveur arlonais.

7 hectares via Terre-en-vue

Ce dernier s’est dès lors tourné vers l’association Terre-en-vue. Depuis 2011, Terre-en-vue et ses 2 100 coopérateurs ont fait l’acquisition de plus de 100 hectares pour les mettre à disposition d’une vingtaine de fermes, dont 5 en province de Luxembourg et 3 en cours.

En 2018 déjà, la ferme du Muselbur a pu faire l’acquisition de 3 hectares de terre agricole à Hachy (Habay). En ce moment, une levée de fonds est en cours jusqu’à la fin octobre pour l’achat de 7 hectares de prairie à Sampont , à proximité de la ferme du Muselbur. C’est un agriculteur du village qui part à la retraite et vend ses biens. «Les négociations étaient en cours depuis un an, souligne Sébastien Noël. Nous sommes tombés d’accord sur le principe. Ce n’était pas simple. Il y a une telle pression par les agriculteurs du Grand-Duché où les terres se font rares, mais aussi des agriculteurs du coin. Les prix sont irrationnels, il y a une déconnexion entre la valeur agronomique et la valeur spéculative. les prix sont irrationnels. L’agriculteur retraité a accepté de privilégier un collègue du village, c’est un beau geste.»

Le terrain est attaché à la ferme, pas à l’agriculteur

Pour les 7 hectares à acquérir, la levée de fonds des 124 coopérateurs a déjà permis de récolter une partie de l’argent nécessaire. Mais il reste 144 000€ à financer. Il s’agit pour les coopérateurs d’un placement. Chaque part vaut 100€. Le coopérateur peut récupérer ses parts quand il le souhaite.

Les terres sont acquises par Terre-en-vue et louées à l’agriculteur qui peut en disposer comme il l’entend jusqu’à la retraite. «La particularité de passer par Terre-en-vue, c’est que la terre appartient à la ferme, pas à l’agriculteur. Il y a une sécurité sur le long terme. C’est différent du bail à ferme qui empêche la location». Sans ce soutien, Sébastien Noël n’aurait tout simplement pas pu se développer.

Terre en fête ce dimanche à Sampont

ce dimanche 10 octobre, la ferme du Muselbur accueille la septième édition de la Fête de la terre. Au programme: découverte de la ferme à 10h30 et 14h30; présence de la ferme d’Acremont (Bertrix), de la ferme Renaud de Hotton et de la ferme Lamberty de Vielsalm pour lesquelles un projet d’acquisition est en cours. Présence de différents stands. A 16h30, concert du groupe Camarade Bourgeois et ses reprises de Renaud.