Uber s’impatiente et réclame le «plan taxi» de Vervoort: «On ne voit rien venir»
Bruxelles

Uber s’impatiente et réclame le «plan taxi» de Vervoort: «On ne voit rien venir»

La société de LVC (location de voiture avec chauffeur) Uber réclame un statut unique et demande au gouvernement de Rudi Vervoort d’accélérer pour «enfin» proposer une réforme du secteur. Le directeur Belgique et les chauffeurs expliquent pourquoi.

Le ton monte du côté de la société Uber et des chauffeurs LVC (location de voiture avec chauffeur). «Le secteur est dans une situation d’incertitude intolérable», dénonce ce mercredi Laurent Slits, patron d’Uber en Belgique. La cause: l’attente du fameux «plan taxi» et ce flou juridique qui dure depuis des mois.

Petits rétroactes: en mars dernier, le gouvernement bruxellois a ressorti des archives une ordonnance de 1995, interdisant grosso modo aux chauffeurs l’usage des smartphones pour prendre des courses et rendant de facto illégale leur activité. Des contrôles ont eu lieu, des PV sont tombés pour des chauffeurs LVC… Dans la foulée, le ministre-président Rudi Vervoort (PS) a promis un «plan taxi» pour l’été… «Mais force est de constater que l’été est fini, mais on ne voit rien venir», dénonce le CEO d’Uber.

Dans une vidéo réalisée par la société, les chauffeurs de la capitale témoignent de leur détresse: «On est considéré comme des illégaux», «on ne sait même pas si on existera demain», «on a l’impression de travailler en noir».

Demande d’un statut harmonisé

Pendant les vacances, Uber a organisé une enquête auprès de ses chauffeurs et de la population bruxelloise. La grande demande du secteur: un «level playing field». Comprenez: un statut unique pour l’ensemble des chauffeurs.

 

Le gouvernement dit que la priorité postpandémie est de sauver l’emploi… On ne comprend alors pas ses décisions. 2.000 travailleurs risquent de perdre le leur.

 

Disposant de conditions hétérogènes allant du freelance au salarié, les chauffeurs de taxi et LVC réunis représentent actuellement environ 3.000 professionnels dans la capitale. Selon une étude de Deloitte, 5.953 chauffeurs seraient cependant nécessaires pour combler à l’avenir le besoin de mobilité des Bruxellois. «La guerre entre taxis et LVC n’existe pas. Il y a de la place pour tout le monde», assure Fernando Redondo, président de l’association belge des chauffeurs de limousine, qui se sent aujourd’hui «délaissé» par l’exécutif régional.

«Le gouvernement dit que la priorité postpandémie est de sauver l’emploi… mais on ne comprend alors pas ses décisions. 2.000 travailleurs risquent de perdre leur emploi. 91% des chauffeurs Uber se disent d’ailleurs inquiets pour leur avenir», dénonce le patron.

 

Si on va en vacances pendant les congés, on paie plus. Cela doit être pareil pour les transports. En toute clarté pour le client, qui peut dès lors choisir.

 

Mais se pose également dans ce débat l’épineuse question des licences, de leur nombre et aussi de leur prix. «Les chauffeurs LVC sont prêts à passer des examens. Mais on ne veut pas d’un numerus clausus beaucoup trop bas comme aujourd’hui», assure Fernando Redondo.

Et le prix pour le consommateur dans tout ça? «Tout dépendra du statut», nous dit-on. Uber tient en tout cas à une «tarification dynamique». «Si on va en vacances pendant les congés, on paie plus. Cela doit être pareil pour les transports. En toute clarté pour le client, qui peut dès lors choisir», commente Laurent Slits.

La Flandre applaudie

En 2020, la Flandre a de son côté mis en place une réforme du secteur. «Ce plan taxi n’est pas idéal, mais il existe, avec un vrai statut pour les chauffeurs», applaudit Fernando Redondo. Avec cependant à la clé un problème belgo-belge: des différences législatives interrégionales. «On ne peut actuellement pas prendre de client en Flandre sans licence flamande. Si quelqu’un quitte Bruxelles pour aller à Gand avec des clients, il doit rentrer à vide. Il faut harmoniser tout ça, pour pouvoir effectuer des courses à Gand et revenir à Bruxelles avec un client», espère le chauffeur. «La Flandre a réformé son secteur. Pourquoi pas nous à Bruxelles? Qu’attend le gouvernement?», lance le patron d’Uber.