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Tournai

VIDÉO | Rencontre insolite avec la limule au sang bleu du musée d’histoire naturelle de Tournai

Durant les vacances, L’Avenir/Le Courrier vous propose de découvrir chaque semaine un objet insolite sorti des collections de nos musées régionaux. Nous vous livrons le premier article de cette série que vous retrouverez chaque lundi dans les pages de votre journal. L’objet insolite de ce lundi est exposé dans l’une des vitrines du musée d’histoire naturelle de Tournai. Il s’agit d’une carapace qui appartient à un animal au destin très étonnant…

À première vue, cela ressemble un peu à une grosse tortue dotée d’un aiguillon en forme de sabre mais dont une écaille unique formerait la carapace. En réalité, cette dernière appartient à une bête à l’allure préhistorique qui répond au doux nom féminin de limule.

Le musée d’histoire naturelle de Tournai dispose de deux carapaces de taille différente. Elles sont exposées dans une vitrine, à quelques pas de l’entrée dans la galerie principale.

Un animal qui a gardé son allure préhistorique

«La limule est un animal aquatique panchronique, c’est-à-dire qui ressemble comme deux gouttes d’eau à son ancêtre apparu au sein du groupe des mérostomes il y de cela 400 ou 500 millions d’années, soit bien avant les dinosaures», explique le passionné conservateur du musée, Christophe Remy.

«La limule – enfin, il faudrait dire «les» car il en existe trois genres et quatre espèces – qui a connu l’âge de glace, l’asphyxie au carbone, les chutes d’astéroïdes, les tremblements de terre, de nombreuses éruptions volcaniques et des guerres à n’en plus finir, est aujourd’hui menacée.

VIDÉO | Rencontre insolite avec la limule au sang bleu du musée d’histoire naturelle de Tournai
Un curieux animal particulièrement utile dans le domaine médical… Photo: ÉdA

Et encore davantage depuis que la pandémie de Covid-19 a éclaté car l’animal présente la très rare particularité de posséder un sang bleu qui s’avère notamment incontournable dans le processus de fabrication des vaccins», poursuit le conservateur.

Une qualité pour laquelle la limule paye un cher tribut. Rien qu’en Amérique, on estime qu’elles sont plus de 500 000 à passer chaque année de vie à trépas pour les besoins de la médecine. Et ce ne sont que les chiffres concernant les spécimens ayant établi domicile en Atlantique, entre le Canada et le Golfe du Mexique. Ceux qui se sont installés dans le Pacifique, entre l’Indonésie et le Japon, connaissent un sort similaire. Si bien que la limule fait désormais partie des espèces reconnues comme vulnérables.

Pas de globules blancs mais une arme tout aussi redoutable…

«La limule est un arachnide, au même titre que les scorpions ou les araignées; elle présente d’ailleurs les mêmes caractéristiques morphologiques. Son hémolymphe (NDLR: on dira pour faire simple que c’est le liquide qui lui sert de sang) contient, pour le transport de l’oxygène, non pas de l’hémoglobine de couleur rouge mais de l’hémocyanine qui contient du cuivre et qui, de ce fait, est de couleur bleue. Si ce sang bleu ne contient pas de globules blancs, il est par contre riche en amibocytes qui ont la faculté de coaguler les bactéries avec lesquelles elles rentrent en contact. Ce qui permet de former un caillot protecteur évitant de contaminer l’ensemble du corps.»

Un précieux allié dans le domaine médical

Ces observations ont permis à l’homme – déjà au début des années 60 semble-t-il – de mettre au point un test: le L.A.L. (lysat d’amibocytes de limule) permettant de quantifier la quantité d’endotoxines provenant de bactéries pathogènes et dangereuses pour l’homme.

Ce procédé permet, par exemple, de tester l’équipement médical, les implants et tout produit injectable chez l’homme afin de détecter l’éventuelle présence «d’impuretés» susceptibles de causer des chocs hémorragiques ou autres risques graves pour la santé, jusqu’à entraîner la mort.

Ce test est notamment effectué dans le cadre du processus de fabrication des vaccins pour limiter les risques liés à ce type d’injection.

La disparition des limules menace d’autres espèces…

À la lecture de ce qui précède, on comprend mieux pourquoi la limule a vraiment du souci à se faire pour la survie de son espèce.

Certains laboratoires se contentent de ne prélever «que» 30% du sang de l’animal pour la fabrication du L.A.L. avec la volonté de maintenir le «donneur» en vie. Malheureusement, dans les faits, ces limules privées d’une partie de leur sang bleu se retrouvent très souvent désorientées et finissent généralement par mourir.

VIDÉO | Rencontre insolite avec la limule au sang bleu du musée d’histoire naturelle de Tournai
Le succès de la limule est aussi la cause de sa perte… Photo: ÉdA

De plus, sachant qu’un litre de ce précieux liquide peut coûter jusqu’à 15 000€ sur le marché, les sociétés qui se soucient de la survie des animaux donneurs ne sont pas légion. Certains labos commencent toutefois à plancher sur la production d’un L.A.L. de synthèse. D’autant que la disparition massive des limules à un impact énorme sur certains écosystèmes.

Ainsi, quand les limules viennent pondre massivement sur certaines plages de l’Atlantique ou du Pacifique, cela donne lieu à d’énormes rassemblements d’autres espèces friandes de ces œufs fraîchement pondus, dont pas mal d’oiseaux. Lesquels perdent aussi petit à petit des ressources qui garantissent leur survie.

Ajoutez à cela que, dans certaines régions d’Asie, la limule grillée ou bouillie est inscrite à la carte de certains restaurants, et vous comprendrez que tout n’est plus vraiment rose aujourd’hui au pays des limules. Aussi, quand vous franchirez l’entrée du musée d’histoire naturelle de Tournai, lorsque vous aurez dépassé la tête de l’hippopotame qui vous accueille sous la verrière, n’hésitez pas à tourner le regard vers la gauche pour y voir les deux carapaces de limules auxquelles, peut-être, certains de nos aïeux, doivent d’avoir vécu en bonne santé…

++ Retrouvez d’autres infos dans les colonnes de L’Avenir/Le Courrier de ce lundi 5 juillet 2021 ++

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