Chaumont-Gistoux:  le comité «Sauvons Corroy»  tire à boulets rouge sur le projet  des Jardins de la Dîme
Le projet porté par la SCRL Bois Paille Terre Immo (administrateur délégué: Jean-Luc de Wilde) suscite pas mal de réactions.Crédits: EdA
article abonné offert
CHAUMONT-GISTOUX

Chaumont-Gistoux: le comité «Sauvons Corroy» tire à boulets rouge sur le projet des Jardins de la Dîme

Le collectif «Sauvons Corroy» a été créé pour empêcher le projet des Jardins de la Dîme, à Corroy-le-Grand. Ses membres s’expliquent.

L’affichage, à la mi-mars, de l’avis d’enquête publique relatif au projet des Jardins de la Dîme a mis le village de Corroy-le-Grand en grand émoi. Malgré la situation sanitaire, il n’est pas un moment où l’un ou l’autre des habitants n’aborde pas le sujet. Un comité baptisé «Sauvons Corroy» et rassemblant plus d’une cinquantaine de familles s’est constitué pour fédérer les réponses à l’enquête publique mais aussi, plus largement, pour alimenter la réflexion sur l’urbanisme et la circulation automobile croissante au cœur du petit village. «Il faut dire que Corroy n’a jamais connu, aussi loin qu’on s’en souvienne, de projet immobilier aussi important (17 logements, 34 places de parking), et ce, au cœur même du village, indiquent Benoit Lips et Philippe Detry. À un jet de pierre de l’église et de l’école, le projet des Jardins de la Dîme présente le risque de modifier fortement la physionomie du cœur du village, alors même que le schéma directeur communal reconnaît que le village “forme un ensemble cohérent par la succession et l’articulation de petits volumes peu massifs, par leurs enduits ou badigeons traditionnels et par leurs toitures de tuiles rouges”. Ajoutant même que “mieux qu’ailleurs, toutes ces caractéristiques traditionnelles ont su être préservées, permettant ainsi au village de conserver une certaine unité architecturale”

Corroy-le-Grand est d’ailleurs l’un des 19 villages du Brabant wallon qui doivent respecter un règlement spécifique, le règlement général sur les bâtisses en site rural adopté par le gouvernement wallon dès 1985, afin de sauvegarder nos villages traditionnels dès lors qu’ils représentent une part non négligeable du patrimoine culturel immobilier de Wallonie.

Dès l’annonce de l’enquête publique, la plupart des habitants ont été sous le choc face à l’ampleur du projet. Pour Benoit Lips, «la poursuite de l’urbanisation de Corroy-le-Grand est inéluctable. Il reste encore de nombreux terrains à bâtir, la pression immobilière sur l’ensemble de l’entité est forte. Nous sommes à 5 minutes de Louvain-la-Neuve et le cadre est resté très rural, très vert. Ce n’est pas contre cela que nous nous battons. Ce qui nous choque, c’est les nombreuses dérogations demandées par le promoteur du projet (au RGBSR, au schéma de développement communal et même au plan de secteur).»

Sans ces dérogations, le projet devrait être considérablement réduit en densité de logements. «Et plusieurs éléments de conception architecturale devraient être revus. Cela favoriserait son intégration au bâti existant. Dans un premier temps, nous avons mobilisé les habitants pour qu’ils fassent part de leur point de vue en répondant à l’enquête publique. Mais au-delà, nous souhaitons entamer un dialogue avec le collège communal pour qu’il y ait une réflexion globale sur l’enjeu de la préservation du cadre rural et naturel, sur la gestion de la pression du trafic automobile dans le village, et bien entendu, sur l’accessibilité au logement et la mixité sociale.»

 

«C’est un mini-village qui va dénaturer le cœur de Corroy»

Une certitude, le projet dont l’enquête publique s’est terminée le 15 avril et qui prévoit sept appartements, six maisons écologiques, une maison/salle commune polyvalente et une rénovation, fait couler beaucoup d’encre à Corroy. Dans sa réponse à l’enquête publique, Benoît Lips évoque la mobilité. «Pourquoi ne pas transformer l’entièreté du village en zone 30 km/h? Cela ne demanderait en tout et pour tout que trois panneaux sans doute complétés de dispositifs ralentisseurs, puisque le village est constitué de trois routes traversantes, qui se rejoignent au bas de l’école. C’est facile à faire et cela aurait un impact fort sur les nuisances et les dangers que représente le trafic routier très important dans le village.»

Pour Philippe Detry, «le green washing autour de ce projet pose question même si le promoteur assure vouloir amener une générosité dans les espaces paysagers et collectifs, que ce soit par des aménagements de placettes collectives végétalisées, des drainantes piétonnes à même de connecter le site dans son ensemble, ou bien des zones de nature préservées où peuvent naître potagers, vergers et toute autre forme d’activité écologique et vectrice de lien social».

Le promoteur, dans sa demande de permis, ajoute que le projet a pour objectif de s’intégrer de manière homogène au tissu rural existant tout en étant un facilitateur de la vie villageoise. «C’est une vision très poétique, très attrayante. Mais c’est une manière bucolique de présenter ce qui n’est rien d’autre qu’un nouveau lotissement, avec création de voiries et de places de parking. Et des équipements “collectifs” qui ne sont qu’à l’usage privé des résidents. C’est un mini-village au cœur du village! Et un mini-village qui va dénaturer fondamentalement le cœur du village. Que ce soit en termes de mobilité, en termes de paysage et même de qualité de vie. Qui plus est, fort de ce précédent et la pression immobilière aidant, il va sans doute lorgner les parcelles attenantes pour s’étendre…»