Faut-il s’inquiéter pour nos ados gamers?
Le jeu vidéo est un loisir parmi d’autres. Il ne devrait pas générer plus ou moins de pression parentale que les autres activités.Crédits: Chlorophylle – stock.adobe.com
SANTÉ MENTALE

Faut-il s’inquiéter pour nos ados gamers?

Pour les ados bien dans leurs baskets, l’usage excessif de jeux vidéo durant le confinement ne devrait pas porter à conséquence. L’accompagnement des parents est essentiel comme pour n’importe quel autre loisir, recommande le psychologue Arnaud Zarbo.

Durant le confinement, de nombreux ados ont tué le temps en jouant des heures durant aux jeux vidéo. Faut-il s’en inquiéter?

«Le confinement est une période de stress et d’anxiété, les jeux vidéo comme d’autres loisirs sont un très bon régulateur de l’anxiété. Il était normal que les ados s’occupent parce qu’ils n’avaient pas grand-chose d’autre à faire», relativise Arnaud Zarbo, psychologue. On peut comparer la situation et les règles parentales en période de confinement à celles des grandes vacances où une certaine souplesse est de mise».

Pour le psychothérapeute qui est aussi formateur au centre Nadja (Liège), spécialisé dans la prévention et le traitement des dépendances, les jeux vidéo ont permis aux ados confinés de rencontrer un besoin fondamental, celui d’être en contact avec leurs pairs «comme les adultes l’ont fait avec Skype ou Whatsapp…».

Attention aux ados déjà fragilisés

La consommation à forte dose de jeux vidéo pendant plusieurs semaines d’affilée n’engendre pas forcément une addiction. «La plupart des adolescents vont revenir à des attitudes tout à fait normales comme on revient à la normalité après les grandes vacances pendant lesquelles on se lève très tard, on joue beaucoup. Mais chez les ados déjà en fragilité à cause de troubles scolaires ou d’un mal-être familial, le confinement va peut-être cristalliser des comportements problématiques. Cela n’apparaît pas dans les demandes que l’on nous adresse actuellement… Il faudra attendre septembre pour voir si on a eu un rush de ces cas-là ».

Proposer des alternatives

La période des vacances peut être mise à profit pour détourner les gamers de leur écran. «Il revient aux parents de proposer des alternatives pendant les vacances même si les ados freinent des pieds au début. S’il y a des stages, des activités qui sont importantes pour les parents il faut les soutenir… Plutôt que de contrôler le temps de jeu, il est préférable de gérer les phases dans la journée ou la semaine, de les diviser en moments de jeux, d’activités sportives, d’étude…. Cela marche mieux avec les ados ».

Comme pour n’importe quel loisir, l’accompagnement des parents est fondamental notamment pour s’assurer que le jeu vidéo est adapté à l’âge de l’enfant. «On n’est pas obligé d’être un spécialiste des jeux vidéo au même titre que l’on n’est pas tenu d’être incollable en football pour que son enfant pratique ce sport…», rappelle Arnaud Zarbo.

Que faire si l’on est inquiet pour son enfant? «La première démarche est d’en parler avec lui. Les parents peuvent s’adresser au médecin généraliste, au centre PMS, au service de santé mentale de leur région ou bien à un centre spécialisé dans les addictions».

Avis et recommandations du Conseil supérieur de la Santé

La pratique du jeu vidéo s’étant intensifiée pendant le confinement, le Conseil supérieur de la Santé (CSS) fait le point sur les risques potentiels liés à cet usage intensif. Il rappelle que les jeux vidéo qui participent au développement de certaines compétences cognitives et socio-émotionnelles ne posent peu ou pas de problèmes pour la plupart des joueurs. Mais prévient le CSS ils comportent néanmoins certains risques, somatiques (surtout liés au comportement sédentaire et aux perturbations du sommeil), psychologiques et sociaux. Environ 3% des joueurs perdent le contrôle sur leur comportement de jeu et ce avec des conséquences négatives.

Les parents sont un partenaire essentiel dans la prévention et la gestion des troubles liés aux jeux vidéo. Ils doivent être soutenus, sensibilisés et informés. Il est important qu’ils s’intéressent aux activités en ligne de leur enfant et qu’il y ait une meilleure compréhension mutuelle.

Pour la détection et l’intervention précoce, il faudrait dit le CSS que les professionnels en contact avec les jeunes (enseignants, centres PMS, soins de première ligne, etc.) apprennent à reconnaître les signes d’un comportement potentiellement à risque.