VIDÉO | Des migrants rescapés de naufrages jouent leur propre rôle à l’Opéra
ITALIE

VIDÉO | Des migrants rescapés de naufrages jouent leur propre rôle à l’Opéra

«Une métaphore du monde actuel». Des migrants rescapés de naufrages incarnent leur rôle dans l’opéra «Idoménée, Roi de Crète», présenté à Rome jusqu’à la mi-novembre.

«Ce spectacle raconte l’histoire de migrants, parle de guerre. C’est un message qui parle de moi et c’est pour ça que j’ai accepté de participer» au spectacle, explique à l’AFP Aldul Razak, un jeune migrant somalien, alors qu’il s’apprête à enfiler une tenue de soldat puis des vêtements de réfugié.

M. Razak est arrivé en Italie il y a deux ans à bord d’une des nombreuses embarcations de fortune de migrants qui traversent la Méditerranée à la recherche d’une vie meilleure.

 

Il est l’un des 30 figurants de l’opéra de Mozart, pour la plupart des rescapés de naufrages.

L’œuvre de Mozart, composée en 1712, a une résonance particulière pour eux. Elle raconte les luttes homériques pour le contrôle de l’île de Crète mais surtout comment sortir d’un cycle de destructions et de guerres pour parvenir à la paix.

«C’est une métaphore du monde actuel», a expliqué devant la presse le metteur en scène canadien Robert Carsen, qui a bénéficié de l’aide de l’association catholique Communauté San Egidio.

Cette association gère des couloirs humanitaires qui ont permis à 3.000 migrants et réfugiés de parvenir en Italie sans se mettre sous la coupe de passeurs et risquer leur vie en mer.

La première scène s’ouvre sur un camp entouré d’un grillage sous un ciel de plomb, où des réfugiés et migrants regardent vers la mer.

La Méditerranée, au cœur de la mythologie grecque, avec ses tragédies et ses héros, est l’une des protagonistes de cet opéra.

 

«Une thématique sociale importante»

 

«Hier comme aujourd’hui, la Méditerranée divise les peuples mais les unit aussi», a souligné M. Carsen, qui a engagé 150 personnes entre les acteurs et le choeur, et trouve «très belle l’idée d’impliquer de vrais migrants».

Pour le superintendant (administrateur) du Théâtre de l’Opéra de Rome, Carlo Fuortes, «le théâtre ne doit pas forcément s’occuper de politique sociale mais c’est une thématique sociale importante pour la ville» de Rome, où vivent de nombreux immigrés et réfugiés.

M. Carsen, qui est un metteur en scène connu pour ses innovations, alterne l’utilisation de la vidéo et des scènes de gilets de sauvetage empilés qui suscitent l’émotion dans l’assistance, reflétant la douleur, l’angoisse et les souffrances des migrants.

Le spectacle a été coproduit avec les théâtres de Madrid -où il a été présenté en premier en mars – Toronto et Copenhague, mais c’est à Rome que de vrais réfugiés sont montés sur scène.

«Pour bon nombre d’entre eux, les blessures sont encore ouvertes. Jouer ces scènes leur permet de libérer leurs sensations», estime l’Italienne Diana Morea, qui coordonne le projet pour la Communauté San Egidio.

Ils revivent notamment les tempêtes que certains ont dû affronter en mer: «cela peut, peut-être, les aider à métaboliser ces moments très difficiles», estime Mme Morea.

Bella Godwin, originaire du Nigeria et arrivée en Italie il y a quatre ans, est enchantée.

«Toute ma vie j’ai rêvé de devenir actrice, et je n’y étais pas parvenue. C’est pour moi une première étape», explique-t-elle en revêtant un uniforme vert avec béret.

Pour l’acteur et mime italien Simone D’Acuti, la mise en scène est très réaliste avec des soldats habillés comme des militaires d’aujourd’hui et des déplacés vêtus comme les réfugiés qu’on voit dans les images d’actualité. Mais «les deux peuples finissent par s’unir».